S’écouter en silence, le pari d’Isabelle Chemin

S’écouter en silence, le pari d’Isabelle Chemin

Comment se comprendre quand on ne s’entend même pas ? C’est la question à laquelle essaye de répondre l’association Chemindessens. Au festival de Mouans-Sartoux, Valérie Dorangeville interprète un roman en langue des signes pour les personnes sourdes et malentendantes.

Éclats de rire, écho, froissement des premières pages d’un roman… Les festivaliers sont entourés par un bruit constant, au point de ne plus y prêter attention. Pourtant, entendre est un privilège que tous les visiteurs n’ont pas. Isabelle Chemin est la fondatrice de Chemindessens, une association destinée aux personnes en situation de handicap. Elle s’intéresse à la cécité mais surtout à la surdité. Plasticienne, elle œuvre en images, sculptures, peintures ou encore mosaïques. Pour elle, il est essentiel d’intégrer tout le monde aux évènements culturels : « La communauté sourde est réticente à venir dans un salon tel que celui­-ci. Ce qu’on entend dans les hauts-parleurs est inaccessible, ainsi que les conférences. » 

En langue des signes, l’auteur redécouvre son texte

Pourtant, beaucoup de moyens existent pour permettre l’accès aux ateliers proposés. Isabelle Chemin l’a compris et a mis en place depuis plusieurs années des lectures… En langue des signes ! Cette année encore, à ses côtés, Valérie Dorangeville se réjouit d’interpréter le nouveau livre de Sylvain Prudhomme, Par les routes : « On veut leur donner envie de creuser, leur montrer que l’on peut tout raconter en langue des signes. » Même sans savoir signer, il suffit de regarder l’interprète pour lire sur son visage les émotions au fur et à mesure de la lecture, à la manière d’une pièce de théâtre.

Le résultat d’un travail commun avec l’auteur : « L’écrivain redécouvre son texte, son écriture, sa manière de le lire à haute voix. Les personnes sourdes font des jeux de signes comme on ferait des jeux de mots, c’est une culture à part entière. On est complètement en­-dehors de ce monde­-là, ce n’est pas une langue universelle comme le braille » , explique la fondatrice de Chemindessens.

L’association met en place d’autres actions pour l’accessibilité de la culture. Interventions, visites, voyages, « c’est la liberté qui est au cœur de l’action », affirme Isabelle Chemin avec passion. De nouvelles façons de nous entendre peuvent exister, il suffit de les inventer. Toujours, la vie invente.


Juliette BUJKO

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