Météorites, le flash poétique d’un astrophysicien

Météorites, le flash poétique d’un astrophysicien

Invité du Festival du Livre de Mouans-Sartoux, l’astrophysicien et auteur, Aurélien Barrau, pose sa définition de la littérature. Il s’agit pour lui de dépasser l’œuvre de transmission pour atteindre l’œuvre fabriquée avec son livre Météorites.

Aurélien Barrau. Photo DR

“C’est important de donner aux mots une capacité d’action sur le réel.” Aurélien Barrau a les idées honnêtes et le verbe acerbe. Dès les premières minutes de l’entretien, il avoue ne pas connaître le festival de Mouans-Sartoux. “J’ai un peu honte” avoue-t-il. Ce samedi 2 octobre, l’astrophysicien offrira aux festivaliers une lecture musicale, avec ses amis du groupe de musique Desert Street, de son dernier ouvrage intitulé Météorites, flash de poésie sur le monde. “C’est important de se dire que, derrière un livre, il n’y a pas forcément un vouloir dire. On pense souvent qu’il faut qu’il y ait une idée simple à expliquer de manière simple. Mais je pense, sans prétendre être un auteur, que dans la littérature il y a un effet de texte, c’est-à-dire qu’il y a une littéralité du sens.” En effet, cet essai surprend le lecteur par la profonde sensation d’incompréhension qu’il lui laisse. Aurélien Barrau d’ailleurs, en désaccord avec son éditeur, ne souhaitait pas une médiatisation importante de son ouvrage. “Si on en avait vendu 20.000 exemplaires, on aurait volé 19.000 personnes” n’hésite-t-il pas à affirmer. 

Une escale vagabonde, comme une respiration

Ainsi, la plume déstabilisante de ce docteur en philosophie ne conviendra pas aux esprits en quête de divertissement familier. Barrau considère son essai comme une performance en soi, une création qui n’a pas pour objectif la transmission. “Parfois, il faut oser jouer avec la paradoxalité d’un certain nombre de concepts, de rapports au monde. […] Pour beaucoup de philosophes, l’objectif était de fabriquer quelque chose, pas de le décrire.” Peut-être pour favoriser l’assimilation de cet objet littéraire mal identifié, Aurélien Barrau s’est associé avec ses amis du groupe Desertstreet. Les musiciens, originaires du Maroc et d’Algérie, ont produit quelques morceaux spécialement pour l’occasion. Leurs mélodies viennent jouer les interludes musicaux entre les lectures d’Aurélien Barrau. “Ce texte sent le Sud, il est question des météorites dans le Sahara, du verre lybique (un verre venant de l’espace et tombé en Libye). Ça allait mieux qu’avec de la musique conceptuelle suédoise (rires)”. L’auteur attache de l’importance au sentiment procuré par cette synergie. Il explique : “Isabelle Hébrard, une poétesse qui a quitté la Suisse pour vivre dans le désert maghrébin, parle du droit à l’errance, et je pense que c’est de ça dont il est question”. Une escale vagabonde qui repense la notion de “littérature” au gré des sonorités et des retours à la ligne, comme une respiration.

Raphaëlle Hutin et Samuel Gut

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