Les romans jeunesse prennent leurs lecteurs au sérieux

Les romans jeunesse prennent leurs lecteurs au sérieux

Anne Plichota et Cendrine Wolf viennent de remporter le prix Mouans­-Sartoux du livre engagé pour la planète dans la catégorie du roman jeunesse. Une catégorie créée cette année. C’est le livre des co­-autrices, La tour de l’espoir, sorti en février 2021 aux éditions XO, qui a convaincu le jury. L’écologie y tient une place prépondérante. Avec une vingtaine de livres à leur actif, les deux femmes avaient déjà traité de nombreux enjeux sociétaux. Seule Anne Plichota est présente au festival.


Au même titre que l’auteur Pablo Servigne, qui s’adresse davantage aux adultes, Anne Plichota et Cendrine Wolf n’hésitent pas, dans leur dernier livre, à mettre la collapsologie ­­mouvement de réflexion autour d’un éventuel effondrement de la société thermo­-industrielle ­­ à la portée des plus jeunes.

Dans leur diptyque Le rêve d’un autre monde, de jeunes protagonistes sont confrontés à un monde en plein effondrement, au Venezuela et en France. Pour Anne Plichota, l’urgence est là : « Je suis convaincue que ça ne peut pas continuer comme ça ! C’est une illusion de le croire », clame-­t-­elle. Il y a cinq ans, l’autrice a changé de vie et a découvert un nouveau monde, celui de la collapsologie. « Je suis partie vivre en petite montagne. Désormais je n’ai plus de voiture, j’ai un potager et je recycle mon eau. » Pour les décors du livre dont elle est co-­autrice, l’inspiration est venue de différents lieux dont le délabrement lui paraît emblématique. Elle choisit par exemple la Tour de David, à Caracas, un bâtiment initialement destiné à la finance devenu un squat. « Je l’ai découverte en regardant la série Homeland. Ça m’a tout de suite touchée, j’en ai pleuré », se souvient Anne Plichota avec émotion.

Écologie, féminisme et identité


Si la dernière œuvre d’Anne Plichota et Cendrine Wolf parle d’écologie et d’effondrement, leurs autres romans abordent aussi de nombreux sujets qui touchent particulièrement les jeunes. La magie et la thématique de la sortie de l’enfance peuvent rappeler Harry Potter, mais contrairement à l’oeuvre de J.K. Rowling, les romancières ont placé une audacieuse jeune fille au cœur de leur premier ouvrage.

Sortie dès 2010, cette série de 7 tomes Oksa Pollock a connu un immense succès avec plus de 4 millions de livres vendus et des traductions dans une vingtaine de langues. Dans un de leurs derniers ouvrages Les 5/5, la problématique de l’identité est traitée à travers plusieurs personnages comme celui de John, un garçon né dans un corps de fille. Anne Plichota aime aussi particulièrement mettre à l’honneur « la solidarité, l’amour, les liens du cœur et du sang ».


« On est très attentives à nos lecteurs et lectrices »


Si elles s’inspirent de leur vie et leurs expériences, les deux habituées des festivals et des salons du livre se nourrissent aussi des échanges. « On est très attentives à notre lectorat. On les écoute et on se rend compte que beaucoup de choses perturbent les jeunes lecteurs qui viennent nous rencontrer. », confirme Anne Plichota d’un sourire bienveillant. Pour leur prochain ouvrage, un nouvel horizon s’offre à elles : elles préparent « un thriller pour adultes » mais n’en ont pas fini avec les romans jeunesse et leurs thématiques fétiches.

Clara BESNARD

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