L’information comme leitmotiv

L'information comme leitmotiv par Pierrick Ilic-Ruffinatti 4 octobre 2014

La limite entre journaliste et écrivain est floue. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à la franchir. C’est le cas de Bénédicte Manier (journaliste AFP), Jean-Baptiste Malet (journaliste qui a déjà écrit pour Rue 89, Le Ravi, Le Monde Diplomatique, etc.) et de Jean-François Kahn (ex-journaliste et fondateur de Marianne), qui étaient présents au Festival du livre, édition 2014. Ces trois pointures du journalisme n’ont pas hésité à passer sur des formats plus longs.

Chacun l’explique différemment, mais tous s’accordent pour dire que passer de la rédaction d’articles à celle d’un livre offre un plus grand panel de possibilités. « Finalement je fais la même chose, j’informe et je raconte le monde à mes lecteurs. Je dirais que c’est un prolongement du métier de journaliste, mais avec un format plus confortable » argumente Bénédicte Manier. Son raisonnement est plein de sens, puisque la rédaction d’un texte plus long offre du temps pour voyager, faire des rencontres, réfléchir et enfin structurer ses idées.

Ce sentiment est également partagé par Jean-Baptiste Malet. « Je suis souvent frustré dans mon métier de devoir être limité à des formats courts. Au mieux on a 7 600 signes sur une page. Et encore, il faut que le sujet en vaille vraiment la peine ». Ce jeune journaliste de 27 ans a décidé en 2013 de pénétrer la multinationale Amazon, afin de dénoncer les faits et agissements de la direction. Mais « lors de la rédaction d’En Amazonie : infiltré dans le meilleur des mondes, j’ai dû être plus attentif que si j’avais écrit pour un média traditionnel ». Le temps passé pour l’enquête, l’investissement que cela demande, aditionné à la possibilité d’écrire un dossier complet, aurait pu influencer son écriture. Le risque est grand, alors, de perdre son objectivité. Il fallait donc éviter que le livre « se transforme en réglement de compte ou en pamphlet », pour rester un reportage. « Car avec le temps obtenu dans le format livre, j’ai gagné en liberté et il ne fallait pas que je dénonce à outrance ».

Jean-François Kahn, qui a quant à lui connu un journalisme d’une autre époque, est moins dithyrambique envers "l’écriture livre”. Pour autant, il avoue que changer de support lui a permis d’exprimer son amour pour la littérature.  « J’avais envie d’écrire des livres avant même d’être journaliste et le fait de bosser dans la presse m’a beaucoup retardé. J’étais grand reporter, je voyageais dans le monde et je n’avais pas le temps, donc j’ai pris un retard de 10 ans ou 15 ans vis-à-vis de ce que je voulais écrire ».

Pour eux, le passage du statut de journaliste à celui d’écrivain se fait principalement dans le but d’informer. Avec comme certitude que les deux types d’écriture sont complémentaires.

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